Dans les eaux froides et profondes du bassin Roseway, au large de la Nouvelle-Écosse, un géant en danger critique d’extinction est retrouvé à la dérive.
Nous sommes à la fin du mois d’août 2006. Une jeune femelle de baleine noire de l’Atlantique Nord a été tuée lors d’une collision avec un navire.
Cette baleine de 14 mètres de long, l’une des quelques centaines de baleines noires de l’Atlantique Nord encore en vie, est transportée à terre. Après une nécropsie, ses os rejoignent la collection du Musée du Nouveau-Brunswick.
Mais son histoire ne s’arrête pas là.
Cette baleine est l’une de plusieurs conservées dans les collections du Musée du Nouveau-Brunswick qui ont contribué à l’élaboration d’un nouvel outil scientifique permettant de mieux prédire l’impact des collisions avec les navires et, espérons-le, d’éviter à d’autres baleines de subir le même sort.
Au printemps 2025, la chercheuse en sciences halieutiques Alexandra Mayette, de la Fédération canadienne de la faune, a entrepris de mettre à jour un modèle permettant d’estimer la probabilité qu’une collision avec un navire soit mortelle. Les collisions avec les navires figurent parmi les principales causes de mortalité chez les grandes baleines à l’échelle mondiale.
Mayette souhaitait que le modèle tienne compte non seulement de la vitesse d’un navire, mais aussi de sa taille et de ses effets sur différentes espèces de baleines. Après tout, de la même façon qu’un porte-conteneurs et un voilier sont de tailles très différentes, les baleines peuvent elles aussi varier énormément d’une espèce à l’autre.
À titre d’exemple, un petit rorqual peut atteindre environ 10 mètres de longueur. Ce n’est pas une petite taille, mais elle paraît modeste comparée à celle du rorqual bleu, le plus grand animal connu ayant jamais vécu sur Terre, qui peut dépasser les 30 mètres.
Mais pour intégrer la taille des baleines à cette version améliorée de la simulation des collisions avec les navires, Mayette avait besoin de données sur l’épaisseur des os et du lard. C’est là que le Musée du Nouveau-Brunswick entre en scène.
Le Musée du Nouveau-Brunswick possède la deuxième plus importante collection de spécimens de baleines au Canada, représentant 26 espèces différentes, dont certaines extrêmement rares, comme la baleine à bec de Cuvier. Des os aux fanons en passant par les tissus, les spécimens sont soigneusement préparés et conservés, permettant aux scientifiques de les utiliser à des fins de recherche et de conservation pendant des générations après la mort de l’animal.
Dans le cadre de ce projet, Mayette a mesuré les vertèbres d’un rorqual boréal (Balaenoptera borealis), d’un cachalot (Physeter macrocephalus), d’une baleine à bosse (Megaptera novaeangliae), d’une baleine noire de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis), d’un petit rorqual (Balaenoptera acutorostrata) et d’un rorqual commun (Balaenoptera physalus) au Musée du Nouveau-Brunswick afin d’aider le modèle à tenir compte des différences entre les espèces.
Les mesures de l’épaisseur du lard de ces espèces ont également été obtenues pour l’étude à partir des données accessibles dans Biodiverse NB. le portail de données en ligne du Musée du Nouveau-Brunswick.
Pour compléter les données sur les mesures des baleines, Mayette a également pu compter sur la contribution de plusieurs organismes, dont Cascadia Research, l’Université Dalhousie, Falklands Conservation, Pêches et Océans Canada – Région de Terre-Neuve, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), la Marine Animal Response Society et le Mingan Island Cetacean Study.
Le résultat de ces travaux est un outil amélioré destiné aux scientifiques et aux spécialistes de la conservation, offert sous la forme d’un module appelé « whalestrike » dans le logiciel statistique R. Cet outil peut aider à repérer les zones à risque élevé, à orienter les mesures de conservation et de gestion, et à protéger les populations de grandes baleines aujourd’hui comme pour les générations futures. Pour en savoir plus sur cet outil, consultez le communiqué de presse de la Fédération canadienne de la faune ici. Vous pouvez également lire l’article scientifique récemment publié, A regression-based method to estimate vessel mass for use in whale-ship strike risk models, dont Alexandra Mayette est l’autrice principale, ici.