Mois de l’histoire des Noirs : hommage à la vie et au service du sergent Arthur Wallace Eatman (1920–1943)
Le Musée du Nouveau-Brunswick a récemment fait l’acquisition d’une importante collection de militaria liée à Abner Barnett Belyea (1893–1990), un ancien combattant néo-brunswickois de la Première Guerre mondiale. Parmi le matériel d’archives (ou fonds) figurent plusieurs photographies qui lui ont été envoyées par son demi-frère, Russell Vernon Belyea (1920–2003), enrôlé au sein du Carleton & York Regiment. Prises dans leur ensemble, ces images offrent un aperçu rare et saisissant de la vie militaire à la veille de la Seconde Guerre mondiale et préservent le parcours d’un soldat du Nouveau-Brunswick dont le service aurait autrement pu passer inaperçu.
Les photographies ont été prises à l’automne 1939, lors d’exercices d’entraînement militaire au dépôt régimentaire du Carleton and York Regiment à Woodstock, au Nouveau-Brunswick. Elles documentent la participation d’un recrue noire néo-brunswickoise, Arthur Wallace Eatman, né le 15 mai 1920 à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, fils de James Wallace Eatman et de Thursa Levina Wright.
Eatman s’est enrôlé le 3 septembre 1939¹ à Woodstock, au Nouveau-Brunswick, et, comme Belyea, il était lui aussi le fils d’un vétéran de la Première Guerre mondiale. Il a rapidement démontré des compétences et des qualités de leadership, gravissant les échelons de soldat à caporal en 1940, puis accédant au grade de sergent en 1942.
En 1943, le Carleton & York Regiment a pris part à l’invasion alliée de la Sicile. Lors d’une patrouille de reconnaissance menée le 22 juillet 1943, vingt-huit hommes de la compagnie A, sous le commandement d’Eatman, ont été chargés d’inspecter une résidence voisine à la recherche de forces ennemies. La patrouille n’est pas revenue. Le lendemain, cinq corps — dont celui d’Eatman — ont été retrouvés; les restes d’un autre soldat n’ont jamais été récupérés. Les vingt-deux autres hommes ont été faits prisonniers². Eatman a été inhumé au cimetière militaire canadien d’Agira, en Sicile, en Italie³.
Deux des frères d’Eatman se sont également enrôlés durant la Seconde Guerre mondiale : le soldat Dubert Mansfield Eatman a servi au sein du Corps forestier canadien, no 4, et le soldat Harry Ellis Eatman a servi dans le 304e groupe de bombardement de l’U.S. Army Air Forces. Leur père, James Wallace Eatman (1882–1956), a servi durant la Première Guerre mondiale. Il s’est enrôlé dans le 104e Bataillon, a ensuite été muté au 140e Bataillon d’outre-mer, puis au 25e Bataillon en France. Il a participé à la prise de la crête de Vimy en 1917 et a été blessé lors de la bataille de Passchendaele⁴.
On estime qu’entre 1 300 et 1 400 Canadiens noirs ont servi au sein du Corps expéditionnaire canadien durant la Première Guerre mondiale. Parmi eux, environ 800 soldats ont été affectés au 2e Bataillon de construction, la seule unité ségréguée du conflit, tandis que d’autres ont servi dans diverses unités des Forces armées canadiennes⁵. Aucune unité ségréguée n’existait durant la Seconde Guerre mondiale; toutefois, des politiques et des attitudes discriminatoires continuaient de restreindre les possibilités et les affectations des personnes historiquement marginalisées.
Malgré les obstacles considérables auxquels ils ont été confrontés, la famille Eatman — comme de nombreuses autres familles du Nouveau-Brunswick — a répondu à l’appel du service au sein des forces alliées et à la défense du Canada lors des deux guerres mondiales. Ce service s’est toutefois accompagné d’un coût immense. À seulement vingt-trois ans, Arthur Wallace Eatman avait non seulement atteint le grade de sergent, mais s’était également vu confier le commandement d’une mission. Il fait partie des plus de 44 000 Canadiens, issus de tous les horizons, régions, origines ethniques et communautés linguistiques, qui ont perdu la vie durant la Seconde Guerre mondiale, laissant derrière eux des récits qui continuent de façonner notre compréhension du service, du sacrifice et du souvenir.