L’équipe de pêcheurs de la Première Nation de St. Mary’s qui ont remonté quelque chose d’inattendu du fond de la baie de Fundy ne s’attendaient certainement pas à ce que leur trouvaille se révèle être des restes de morse vieux de 10 000 années, datant de la dernière ère glaciaire – et certainement pas à ce que ça se reproduise quelques années plus tard.
Il a fallu recourir à des techniques de préservation innovantes, allant de l’élimination de sels à la conservation numérique, pour sauver ces fossiles exceptionnels menacés d’une détérioration rapide. En arrimant les techniques de conservation traditionnelles à une modélisation tridimensionnelle de pointe, le travail préservera ces trésors antiques pour qu’ils puissent être étudiés pendant des générations.
Depuis un an, la restauratrice du Musée du Nouveau-Brunswick Dee Stubbs-Lee s’occupe de la préservation des os semi-fossilisés de deux morses (Odobenus rosmarus) trouvés dans la baie de Fundy : un crâne partiel et une défense provenant d’un second individu. Ces fossiles de l’ère glaciaire ont environ 10 000 ans! Les équipages de pêche de la Première Nation de St. Mary’s qui les ont repêchés en a fait don au Musée du Nouveau-Brunswick. L’image 1 montre les spécimens humides à leur arrivée au laboratoire de conservation, encore saturés d’eau de mer.
Les sels cristallisants présents dans l’eau de mer auraient détruit les fossiles si on les avait laissés sécher naturellement. C’est pourquoi, au fil des mois, on a procédé à l’élimination de ces sels par immersion dans l’eau douce. Une fois débarrassés du sel, les spécimens ont été séchés de manière contrôlée, ce qui a pris plusieurs mois encore. L’image 2 montre l’installation spécialisée qui a servi à l’élimination graduelle de l’humidité, étape cruciale pour préserver des fossiles d’une telle fragilité.
Cependant, malgré ces efforts, les deux spécimens ont commencé à se détériorer rapidement, victimes de l’absence de régulation climatique au Centre des collections et de la recherche de l’avenue Douglas, un édifice qui date des années 1930. Les décisions relatives au soin et à la conservation des collections du Musée du Nouveau-Brunswick tiennent toujours compte de la préservation à long terme et des possibilités d’analyses scientifiques futures. Dee Stubbs-Lee a donc recouvert les fossiles d’un adhésif de conservation spécial, empêchant ainsi toute nouvelle détérioration. L’image 3 montre Dee qui consolide et répare la surface d’un des fossiles, appliquant avec soin l’adhésif de conservation pour stabiliser la structure.
Matt Stimson, conservateur adjoint en paléontologie, et Andrew MacRae, Ph. D., paléontologue à la Saint Mary’s University, ont créé un modèle informatique tridimensionnel du crâne du morse. Cette technique, appelée photogrammétrie, utilise des centaines de photos qui se chevauchent pour enregistrer la taille et la forme du fossile. Le modèle numérique peut être visualisé et étudié en 3D à l’aide d’un logiciel spécialisé ou même imprimé sur une imprimante 3D.
L’image 4 montre une capture d’écran du nuage de points 3D. Attestant l’exhaustivité de cette technique de préservation numérique, chaque carré bleu représente la position d’une photo du crâne prise par un appareil photo. À l’image 5, on voit une capture d’écran du modèle 3D avec un arrière-plan en désordre, tandis que l’image 6 montre le modèle 3D avant la suppression de l’arrière-plan. Celle-ci accomplie, l’image 7 présente une version désencombrée du modèle 3D, qui révèle la préservation numérique détaillée du crâne de morse.
Les fossiles ont également été documentés autrement, par exemple dans les images 8 et 9, qui présentent des photographies des spécimens sous des angles différents. Finalement, une vidéo générée à partir du modèle photogrammétrique en 3D permet de faire soi-même l’expérience d’un examen numérique de ce spécimen de la dernière ère glaciaire.
Ce maillage innovant de méthodes de conservation traditionnelles et d’une technologie numérique de pointe assure la conservation, tant physique que numérique, de ces fossiles exceptionnels datant de la dernière ère glaciaire pour des générations de chercheurs et de visiteurs.