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Projets - Série pratique

Les fleurs du chagrin : La restauration d’une couronne commémorative victorienne

À l’époque victorienne, la commémoration des morts comprenait la confection de créations artisanales fort élaborées, y compris des couronnes de fleurs complexes où étaient tressés des cheveux du défunt.

Lorsque le Musée du Nouveau-Brunswick a reçu le don d’une telle couronne, créée dans les années 1870 en souvenir de trois enfants disparus, les restaurateurs se sont retrouvés face à des défis uniques. Leur travail minutieux a non seulement permis de restaurer ce touchant hommage, mais a aussi mis en lumière l’histoire des deuils douloureux de la famille Seymour, redonnant à ces enfants oubliés leur nom et leur dignité.

Au fil des ans, une couronne commémorative de l’époque victorienne exposée au site Bonar Law avait été gravement endommagée par les effets du temps. La Direction du patrimoine du Nouveau-Brunswick ayant demandé l’aide du Musée du Nouveau-Brunswick pour examiner l’objet et en stabiliser l’état, la conservatrice-restauratrice Dee Stubbs-Lee s’est empressée de relever le défi! L’images 1 et 2 montre la couronne commémorative dans son état endommagé avant le début des travaux de conservation.

L’objet, apparemment dédié à la mémoire de trois enfants d’une même famille décédés en bas âge, est une couronne composée de matière végétale séchée, de fleurs de cire, d’une carte commémorative imprimée et de mèches de cheveux des enfants, le tout arrangé au cœur d’une boîte-cadre ronde. De toute évidence, la couronne a été exposée à des conditions environnementales changeantes qui ont fait leur œuvre au fil de nombreuses années. Le Musée du Nouveau-Brunswick avait comme défi d’essayer d’éclairer l’histoire de la famille de ces enfants et de stabiliser l’état de la couronne pour qu’elle puisse de nouveau être exposée au site Bonar Law et servir à l’interprétation de l’histoire.

La couronne commémorative est arrivée au laboratoire de conservation-restauration du Musée du Nouveau-Brunswick dans un état fort préoccupant. Plusieurs problèmes se posaient : accumulation d’années de poussière et de saleté dans la boîte-cadre; grandes fêlures autour du périmètre intérieur de cet encadrement; clous desserrés; moisissures; papier acide très détérioré; fleurs de cire détachées et cassées ou fondues et déformées; matières végétales séchées fragiles, friables et déformées; support secondaire tout à fait instable, fait de couches de papier cartonné et de papier journal sur lesquelles les éléments de la couronne avaient été cousus, et qui formait aussi l’arrière du cadre; mèches de cheveux des enfants commémorés par la couronne détachées et emmêlées. L’image 3 montre la couronne ayant été retirée du cadre pendant le traitement, tandis qu’on voit à l’image 4 un détail de la croissance des moisissures à l’intérieur du cadre.

On en sait très peu sur la provenance de la couronne mortuaire du site Bonar Law. La carte commémorative à l’intérieur de la couronne indique le prénom et l’initiale du deuxième prénom de deux jeunes frères et de leur sœur, tous morts durant leur enfance; les dates de décès de Henry, Edward et Mary y sont aussi inscrites, ainsi que leur âge. Cependant, on ne trouve aucune mention du nom de famille. Le déplacement d’éléments de la couronne endommagée a partiellement masqué les dates de décès et les âges, mais une manipulation délicate de l’objet au laboratoire de conservation-restauration du Musée du Nouveau-Brunswick a mis au jour ces renseignements. En faisant des recherches dans les registres provinciaux de l’état civil, Peter Larocque, conservateur au Musée du Nouveau-Brunswick, a pu déterminer que ces faits correspondent aux registres des décès des enfants de Joseph et Mary Crockett Seymour, de Saint John. Peter a également pu estimer l’année de fabrication de la couronne à 1876 parce qu’une quatrième enfant, Lillian, est morte en janvier 1877. Malheureusement, un autre jeune membre de la famille, William John, est décédé en 1885.

Pour commencer le traitement de conservation, on a, avec d’infinies précautions, désassemblé la couronne, avant de procéder à un nettoyage tout aussi soigneux. À l’image 7, on voit la conservatrice-restauratrice Dee Stubbs-Lee utiliser un aspirateur spécialisé pour enlever en douceur la poussière et les spores de moisissure de toutes les composantes de la couronne commémorative. Elle porte un équipement de protection individuelle et travaille sous une hotte en raison de la toxicité potentielle de la moisissure. L’image 5 montre les éléments intérieurs de la couronne après le premier nettoyage à sec et la séparation des pièces détachées et brisées.

Une facette particulièrement délicate du travail de conservation concernait les mèches de cheveux des trois enfants décédés. L’image 8 montre ces mèches, attachées autour d’un pétale de rose en cire, après le nettoyage initial et le lissage. La restauratrice a dû prendre un soin extrême pour préserver ces reliques si intimes des enfants.

La boîte-cadre elle-même avait grandement besoin d’attention. L’image 9 montre la conservatrice Dee Stubbs-Lee en train d’enlever les moisissures qui se sont formées à l’intérieur de la boîte-cadre. À l’image 8, elle nettoie l’extérieur. Les images 11 et 12 montrent une grande fêlure à l’intérieur de la boîte-cadre, respectivement avant et après les réparations, démontrant la transformation que peut produire un travail méticuleux de conservation.

La boîte-cadre a été démontée pour qu’elle puisse être traitée et examinée de plus près; toutes les pièces ont été soigneusement nettoyées à sec à l’aide d’un aspirateur spécialisé, les moisissures qui s’étaient formées à l’intérieur ont été enlevées à l’aide d’éponges et de solvants de restauration, les fêlures intérieures ont été remplies et repeintes, et l’extérieur a été nettoyé et poli.

Pour assurer la stabilité à long terme de l’objet, il a aussi été essentiel de procéder à des réparations structurelles. L’image 13 montre une vue de côté de l’intérieur du cadre où l’on voit l’étendue de la fissuration, cause de plusieurs problèmes, tandis que l’image 14 montre les travaux en cours pour réparer cette façade intérieure.

Les travaux de restauration-conservation de la doublure en tissu de la boîte-cadre (enlèvement de moisissure et réparation et peinture de deux grandes fêlures) ont été exécutés avec grand soin. Le cadre extérieur a été préparé pour recevoir une nouvelle quincaillerie de suspension, ainsi que pour l’ajout d’un support protecteur en polyéthylène ondulé pour protéger l’objet de dommages physiques en cas d’impacts sur sa face arrière, lui fournir une meilleure protection contre les effets néfastes des fluctuations de température et d’humidité et le garnir d’une meilleure défense contre la poussière, les spores de moisissure et les insectes.

Le fragile support d’origine sous la couronne, constitué de couches de papier et de carton collées, se détériorait. Il a été fixé à un carton pour passe-partout, de qualité « archives », avec des « charnières » faites d’un papier japonais artisanal très léger, mais solide, fixées à l’artéfact avec de la pâte à l’amidon de blé. L’image 15 montre ces charnières en papier japonais qu’on applique pour fixer le support original au nouveau support en carton pour passe-partout. À l’image 16, on voit la couronne maintenant fixée au nouveau support, avec les charnières en papier sur le pourtour, qui seraient bien cachées une fois le cadre réassemblé.

Cette nouvelle couche de support permettait une manipulation moins risquée des fleurs en cire qui devaient encore être réparées; elle allait aussi contribuer à renforcer l’artéfact réassemblé et sa capacité à garder le tout étanche, aidant à assurer sa préservation à long terme. Comme pour toutes les réparations de conservation effectuées au Musée, les matériaux utilisés ont été soigneusement choisis en vue d’éviter tout endommagement possible de l’artéfact. Chaque modification apportée par la restauratrice a été clairement cataloguée, et la totalité du traitement de conservation a été effectuée de manière à être réversible en permanence si jamais d’autres problèmes survenaient.

Les étapes les plus exigeantes du traitement de conservation de la couronne commémorative concernaient les mèches de cheveux des enfants décédés et les délicates fleurs de cire. L’image 17 montre la conservatrice-restauratrice Dee Stubbs-Lee qui utilise du fil de soie pour remettre les mèches de cheveux des trois enfants décédés dans leur position originale, en boucle autour de la rosette de cire. À l’image 18, elle répare et recolle les fleurs brisées et disloquées. À l’image 19, les fleurs de cire et la couronne de mousse sont réparées, avec les mèches de cheveux des enfants replacées à leur position originale.

Ces réparations ont été effectuées sous une loupe à l’aide d’outils dentaires, chirurgicaux et de conservation (y compris un petit fer à coller) très fins, de cire dentaire et d’adhésifs de conservation. Notre conservatrice-restauratrice avait besoin de mains adroites et sûres et d’une patience infinie!

Pour la dernière étape du traitement de restauration, il a fallu refaire l’encadrement de la couronne. L’image 20 montre la couronne assemblée sur le nouveau support en carton pour passe-partout et introduite à l’intérieur de la feuillure de la boîte-cadre par en dessous. On peut aussi y voir les nouveaux supports métalliques permettant de fixer la feuillure à l’intérieur du cadre extérieur. L’image 21 montre les nouvelles couches de support de la couronne encadrée, fabriquées à partir de Volara (une mousse de polyéthylène réticulé chimiquement stable) et de Coroplast (une feuille de polypropylène ondulé chimiquement stable). En plus de protéger l’arrière de la couronne des dommages, ces matériaux servent de tampons protecteurs contre les changements nuisibles de température et d’humidité relative et fournissent une protection supplémentaire contre la poussière et les insectes.

À l’image 22, on voit l’arrière de la boîte-cadre contenant la couronne restaurée, avec le nouveau support et la quincaillerie de suspension. L’image 21 montre le devant de la couronne après les travaux de restauration.

Dans leur ensemble, les traitements de restauration ont pris plusieurs mois, mais ont permis de nettoyer l’artéfact, de bien le protéger et de le rendre plus esthétique et plus stable avant d’être réinstallé au site Bonar Law de Rexton, au Nouveau-Brunswick. Ces travaux soignés de conservation ont permis non seulement de préserver un important artéfact de l’époque victorienne, mais aussi de ramener à la lumière la touchante histoire des pertes subies par la famille Seymour, offrant aux visiteurs la possibilité de s’identifier à ce poignant fragment de l’histoire du Nouveau-Brunswick.

Image 1: The complete Victorian memorial wreath from the Bonar Law site before conservation treatment, showing its deteriorated condition.
Image 2: The complete Victorian memorial wreath from the Bonar Law site before conservation treatment, showing its deteriorated condition.
Image 3: The wreath removed from its frame during treatment, revealing the extent of damage and deterioration.
Image 4: Detail of mold growth on the frame interior, showing the environmental damage that had occurred over time.
Image 5: The unstable secondary support made of layers of cardstock and newspaper to which the wreath components were stitched and which also formed the back of the frame assembly,
Image 6: Conservator Dee Stubbs-Lee using a specialized vacuum cleaner to gently remove dust and mold spores while working in a fume hood with personal protective equipment.
Image 7 The interior components of the wreath after initial dry cleaning and separation of the detached and broken pieces.
Image 8: Locks of hair of the three deceased children tied around a wax rose petal, after initial cleaning and straightening.
Image 9: Conservator Dee Stubbs-Lee treating the mold growth on the interior of the shadow box frame.
Image 10: Conservator Dee Stubbs-Lee cleaning and polishing the exterior of the shadow box frame.
Image 11: Large crack on shadow box interior before repair, showing the structural damage.
Image 12: The same crack after repair, demonstrating the conservation treatment results.
Image 13: Side view of the inner frame assembly showing extensive cracking which was causing multiple issues.
Image 14: Repairs in progress on the inner frame, showing conservation techniques.
Image 15: Japanese paper hinges being applied to attach the cardboard support to a secondary support of archival matt board.
Image 16: The wreath attached to the secondary support of archival matt board, with paper hinge tabs visible around the edges.
Image 17: Conservator Dee Stubbs-Lee securing the locks of hair from the deceased children into the original bow configuration around the wax rosebud.
Image 18: Conservator reattaching and repairing the dislocated and broken wax flower petals using specialized conservation tools and materials.
Image 19: Completed repairs to the wax flowers and moss wreath with the locks of the children's hair reattached in original position.
Image 20: The wreath assembly on the new matt board support placed within the frame rebate, showing the metal brackets.
Image 21: New backing layers made from Volara and Coroplast that provide protection and environmental buffering.
Image 22: The conserved wreath from the verso (reverse) side, showing the new backing and hanging hardware.
Image 23: The recto (front) side of the wreath after completion of the conservation treatment, showing the restored artifact.