Dites bonjour à Agnès, un mouton de bois sculpté grandeur nature qui, depuis son arrivée dans la collection en 1961, est l’une des résidentes les plus chéries du Musée du Nouveau-Brunswick.
Pendant plus de 80 années, cette sculpture charmante a veillé sur les rues de Saint John, guidant la clientèle vers des entreprises locales, comme le magasin de variétés de John R. Smith ou le magasin de laine de John Alexander Davidson père. Mais autant filait le temps, autant Agnès s’effilait. Malmenée par les éléments pendant des décennies, elle s’était retrouvée engluée dans des couches successives de peinture de protection qui camouflaient la délicatesse et le détail qui la caractérisent.
Avant de réapparaître au Musée, Agnès a fait un petit tour au laboratoire de la restauratrice du MNB, Dee Stubbs-Lee, le temps de se faire dorloter et se refaire une beauté. Le regard expert de Dee a détecté des fissures dans les couches de peinture et à même la structure de bois, séquelles de fluctuations de températures et d’humidité. Une entaille particulièrement profonde courait de la poitrine d’Agnès jusqu’à son épine dorsale, en passant le long de son cou, ce qui la laissait l’air rien qu’un peu amochée. Mais rien là pour décourager Dee! Avec ses doigts de fée et sa compréhension profonde du processus de la restauration, elle s’est mise au travail pour redonner à Agnès sa splendeur d’antan.
Pour commencer, Dee a nettoyé la surface d’Agnès avec un détergent de qualité conservation et de l’eau distillée. Avec des cotons-tiges et des solvants, elle a peu à peu dégagé Agnès de la saleté qui l’encrassait depuis des lustres pour dévoiler les tailles et les textures élaborées dont elle est ornée. Puis Dee s’est attaquée aux fissures, les remplissant d’un mastic de cire molle qui ploiera avec les fibres de bois d’Agnès, réduisant la visibilité des dommages et la protégeant d’autres dégâts.
Agnès s’en est retrouvée transfigurée. À mesure que le mastic séchait, les fissures de la bêêêêlle se sont estompées et sa prestance première a repris le dessus. Sa toison laineuse fruste et dépolie luisait maintenant d’une douce lumière dorée. Même ses traits si expressifs semblaient s’être détendus, comme si elle était soulagée d’être délestée du poids des années.
À présent, Agnès est de retour à la Galerie des découvertes, prête à réjouir de nouvelles générations d’enfants de tout âge. Son histoire témoigne des bienfaits de la restauration et de l’importance de conserver notre patrimoine culturel. En rendant visite à Agnès, prenez un moment pour songer à toutes les innombrables personnes qui sont passées sous son regard vigilant sur les rues Union et Charlotte, ou aux mains habiles du sculpteur Robert Graham, qui lui a donné vie vers 1875.
Voyez pour vous-même cette transformation époustouflante dans ces photos avant-après :
- Avant le traitement : Marquée d’entailles profondes, la surface flétrie d’Agnès se distingue aisément dans ces gros plans.
- Pendant le traitement : Avec d’infinies précautions, Dee enlève un morceau de peinture et de bois pour révéler l’étendue des dommages.
- Après le traitement : De la surface restaurée d’Agnès se dégage une douce et chaude luminosité, les cicatrices de ses fissures à peine visibles à l’œil nu.
Ne manquez pas la chance de rencontrer le mouton en bois, notre bien-aimée Agnès, à la Galerie des découvertes au Musée du Nouveau-Brunswick. Regaillardie par sa renaissance, elle est prête à vous capturer le cœur et à vous faire remonter le fil du temps vers une époque révolue de la riche histoire de Saint John.