Lorsque Fred Ross prenait ses pinceaux à Saint John, il ne créait pas simplement de l’art – il aidait à définir ce que pouvait être l’art néo-brunswickois.
Pendant plus de 60 ans, Ross a capturé l’âme de la province avec un trait assuré et une richesse psychologique, ramenant aux Maritimes les influences internationales. Son parcours, qu’il a commencé comme étudiant d’art local pour devenir l’un de nos artistes les plus reconnus, révèle comment une vision artistique peut transformer l’identité d’une communauté.
Né à Saint John, au Nouveau-Brunswick, le 12 mai 1927, Fred Ross était un peintre dont les contributions à la communauté artistique de la province se sont étendues sur plus de 65 ans. Il est largement considéré comme l’un des artistes les plus reconnus et influents du Nouveau-Brunswick. Son parcours artistique a commencé au milieu des années 1940 à la Saint John Vocational School, où il a étudié sous Violet Amy Gillett (1898-1996) et Ted Campbell (1904-1985).
Sa formation initiale pose les bases de ses succès subséquents. Après avoir complété deux grands projets de peintures murales, Ross voyage au Mexique pour étudier les œuvres d’autres muralistes. Bien qu’il ne réussisse pas à dénicher d’autres commandes pour des œuvres à grande échelle, cette expérience fait naître en lui une passion pour l’exploration de divers styles artistiques. En 1953, Ross visite l’Italie, où il s’imprègne des œuvres des maîtres de la Renaissance. Cette expérience aura un impact profond sur son développement artistique et continuera à influencer son œuvre tout au long de sa carrière.
À son retour au Nouveau-Brunswick, Ross enseigne au département des arts de son alma mater, la Saint John Vocational School. Il y reste jusqu’en 1970, année où il décide de se consacrer à la peinture à plein temps. Ross était reconnu pour le calibre de la bibliothèque de recherche et de comparaison qu’il s’était montée et qu’il a continué d’enrichir et d’entretenir tout au long de sa carrière. Cette ressource lui permettait de puiser son inspiration dans un vaste éventail de styles et de périodes artistiques, qu’il intégrait brillamment à ses propres œuvres.
La méthode de travail de Ross se caractérisait par une connaissance approfondie de l’histoire de l’art et la volonté d’expérimenter avec divers styles. Son approche est évidente dans son tableau de 1965 « Jeune homme avec casque blanc », qui fait partie de la collection du Musée du Nouveau-Brunswick. Cette œuvre met en valeur le talent de Ross pour capturer l’essence de son sujet, un jeune motocycliste plein de confiance, tout en explorant la relation complexe entre artiste, sujet et spectateur. L’image 1 montre « Jeune homme avec casque blanc » (1965), démontrant l’approche psychologique qui caractérise l’art du portrait de Fred Ross, ainsi que son emploi distinctif des couleurs et des formes.
Dans les années 1960 et 1970, les œuvres figuratives de Ross exploraient souvent des thèmes liés à l’identité et à la découverte de soi. Son recours aux couleurs vives et la confiance de son trait le rapprochaient de l’œuvre de Balthus [Balthasar Klossowski] (1908-2001), peintre français d’ascendance polonaise qui travaillait en Suisse à la même époque et qui fut l’un des artistes figuratifs les plus marquants du XXe siècle. On retrouve dans les tableaux de Ross de cette période la même introspection et la même acuité psychologique que dans les œuvres du maître européen, y compris dans « Jeune homme avec casque blanc », où un motocycliste beau et confiant en veste de cuir évoque toute la fougue associée à la génération d’après-guerre atteignant sa majorité.
Dans les années 1980, Ross s’est tourné vers les natures mortes, un genre qui lui permettait d’explorer le potentiel symbolique d’objets quotidiens. Un parfait exemple de cette période est son tableau de 1989 « Nature morte avec chaussons de danse ». Réalisé avec une combinaison de matériaux, y compris la peinture acrylique, la tempera à la caséine et les pastels, le tableau explore magistralement les textures, les couleurs et les formes. L’image 2 montre « Nature morte avec chaussons de danse » (1989), mettant en lumière le penchant tardif de Ross pour les natures mortes symboliques.
Baignée d’une lumière douce et claire, « Nature morte avec chaussons de danse » est remplie d’allusions. Un langage complexe se superpose à la représentation évidente des objets dans cette image. En effet, ces objets peuvent être interprétés comme des emblèmes de la masculinité et la féminité ou même se rapporter à certaines personnes en particulier. La fascination de l’artiste pour le motif exotique du tapis contraste avec le volume tridimensionnel et la froideur de la carafe et la souplesse des pointes. À l’aide d’un minimum de couleurs, de tons et de formes, Ross réussit une œuvre magistrale pleine de charme, de mystère et d’intemporalité.
Tout au long de sa carrière, l’œuvre de Ross se caractérisait par une profonde curiosité et sa volonté d’expérimenter. Ses tableaux continuent de captiver les spectateurs par leur dextérité technique, leur profondeur émotionnelle et leur attrait intemporel. Fred Ross est décédé à Saint John, au Nouveau-Brunswick, le 19 août 2014, l’un des artistes les plus importants et les plus influents de la province.