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Projets - Série pratique

Sonder les grands fonds : Étudier les cétacés, c’est assez difficile

Lorsqu’une baleine bleue (ou rorqual bleu) s’est échouée sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, les chercheurs scientifiques se sont retrouvés devant une occasion formidable – et un défi monumental.

Suivez l’équipe du Musée du Nouveau-Brunswick pendant qu’elle affronte la tâche éreintante et souvent écœurante de l’étude des baleines pour recueillir des données précieuses au sujet d’un des géants les moins compris et les plus menacés de disparition qui habitent notre planète. Les efforts de l’équipe nous rappellent que, parfois, les découvertes scientifiques les plus importantes nous forcent à nous salir les mains.

Parfois, la recherche scientifique peut devenir un peu salissante – du moins lorsqu’on fait l’autopsie animale, appelée nécropsie, du plus grand mammifère de la planète.

C’est ce qu’ont constaté Mary Sollows, technicienne en conservation en zoologie au Musée du Nouveau-Brunswick, et Madelaine Empey, une étudiante-assistante en zoologie, lorsqu’elles ont rejoint une équipe de chercheurs de la Marine Animal Rescue Society, de la Dalhousie University, du Collège vétérinaire de l’Atlantique et du ministère des Pêches et des Océans, en vue d’étudier une jeune baleine bleue femelle qui avait été trouvée morte, flottant dans l’océan près de Liverpool, en Nouvelle-Écosse.

L’image 1 montre des chercheurs du Musée du Nouveau-Brunswick et d’autres organismes procédant à la nécropsie de la baleine près de Liverpool, en Nouvelle-Écosse.

Un géant rare, en voie de disparition

Le rorqual bleu, qui peut mesurer jusqu’à 34 m et peser jusqu’à 150 t, est une espèce en voie de disparition. Il ne reste que 600 à 1 500 rorquals bleus dans l’Atlantique Nord.

Menacés par la pollution, le changement climatique, l’appauvrissement des ressources alimentaires et les heurts avec les navires, les rorquals bleus ont peu de chances de survivre. C’est pourquoi il était si important pour les chercheurs d’examiner le corps du rorqual bleu afin de déterminer la cause de sa mort et de prélever des échantillons, dont ceux destinés à la collection de recherche sur les mammifères marins du Musée du Nouveau-Brunswick, l’une des plus considérables au Canada.

L’image 2 montre la carcasse du rorqual bleu au deuxième jour de la nécropsie.

Dans le vif du sujet

Le corps du rorqual bleu avait été halé sur le rivage, où la nécropsie a commencé. Avertissement à ceux qui croient que les autopsies ressemblent à ce qu’on voit dans la série télévisée CSI : ça n’a rien à voir, c’est le jour et la nuit.

Pour disséquer un animal aussi énorme, il faut une excavatrice, des camions-bennes et des câbles industriels. Il faut d’abord « dépecer » le rorqual, c’est-à-dire peler l’épaisse couche de lard sous sa peau à l’aide de câbles haute-tension. Pensez à l’épluchage d’une banane. (Désolés de vous imposer cette image!)

On a trouvé un gros caillot de sang dans les vertèbres thoraciques, un indice possible de la cause de la mort. Selon une théorie, la baleine serait restée prise sous la glace et se serait noyée. Néanmoins, il faudra peut-être des mois avant de pouvoir se prononcer, et, vu l’état de décomposition avancée, on n’aura peut-être jamais de réponse définitive.

Mary Sollows, du Musée du Nouveau-Brunswick, était littéralement en plein dedans, épaulée par son époux, Ken Sollows (un mari particulièrement dévoué, faut-il croire). Les deux se sont concentrés sur la récupération des fanons qui garnissent les mâchoires supérieures de toutes les baleines sans dents. Les fanons sont faits de kératine (comme le sont les cheveux et les ongles humains); les rorquals bleus en ont des centaines qui forment un genre de rideau à l’extrémité de leurs mâchoires et filtrent l’eau comme un tamis pour capturer la nourriture.

Entre-temps, Madelaine aidait à enlever le coriace tissu fibreux qui entoure les os de la colonne vertébrale, laquelle se prolonge jusque dans la queue. Elle a ensuite travaillé avec d’autres personnes pour séparer les différents éléments de l’épine dorsale.

On voit dans l’image 3 Madelaine Empey, du Musée du Nouveau-Brunswick, recueillant des échantillons de fanons.

Recherche vitale

C’était une tâche ardue, salissante et nauséabonde, mais Mary et Madelaine ont prélevé d’importants échantillons de lard, de muscle, de fanons et d’os. Bien que le Musée du Nouveau-Brunswick possède une vaste collection de spécimens de baleine, ce sont ses premiers échantillons provenant d’un rorqual bleu.

Des échantillons du genre sont vitaux pour la recherche. Les échantillons de fanons d’autres baleines ont, par exemple, servi à étudier le vieillissement, les accumulations de contaminants, l’écologie alimentaire, les déplacements, et bien d’autres énigmes.

De retour au Centre des collections et de la recherche du Musée du Nouveau-Brunswick, Madelaine et Mary ont consacré une journée à nettoyer et à préparer les échantillons réunis pour la collection de recherche. Pendant que les fanons séchaient à l’air libre, on vérifiait la présence de moisissure et d’insectes et, une fois secs, ils ont subi un cycle de gel/dégel/regel pour s’assurer que tous les insectes nuisibles sont morts.

Les échantillons de lard et de muscle de rorqual bleu sont une denrée rare pour les chercheurs. C’est pourquoi les échantillons recueillis seront archivés dans la collection de tissus congelés du Musée, où ils demeureront accessibles aux fins de recherches futures.

On voit à l’image 4 Mary Sollows qui pose avec des tubes cryogéniques contenant des tissus congelés de rorqual bleu, devant la collection de tissus congelés du Musée du Nouveau-Brunswick. Ce congélateur spécialisé peut contenir jusqu’à 30 000 échantillons à -80o C.

La perte d’une jeune baleine bleue, espèce en voie de disparition, fend le cœur, mais les chercheurs du Musée du Nouveau-Brunswick et d’autres organismes ont saisi l’occasion d’en apprendre davantage sur la vie de ce magnifique animal pour aider les scientifiques à mieux comprendre et protéger cette espèce.

Le tout fait partie de la recherche permanente du Musée dans notre environnement naturel.

 

Image 1 : Des chercheurs du Musée du Nouveau-Brunswick et d'autres organisations effectuent une nécropsie de baleine près de Liverpool, Nouvelle-Écosse.
Image 2 : La carcasse de rorqual bleu au deuxième jour de la nécropsie. Crédit : Marine Animal Response Society
Image 3 : Madelaine Empey du Musée du Nouveau-Brunswick prélevant des échantillons de fanons.
Image 4 : Mary Sollows, avec des cryotubes de tissu de rorqual bleu congelé, se tient près de la collection de tissus congelés du Musée du Nouveau-Brunswick. Ce congélateur spécialisé peut contenir jusqu'à 30 000 échantillons à -80 °C.