Lorsqu’une trousse de dentiste datant des années 1890 est apparue dans la boutique d’un hospice de Nanaimo, personne ne s’attendait à ce qu’elle remonte à Saint John, ni à ce qu’elle révèle une tranche fascinante de l’histoire médicale du Nouveau-Brunswick et le trajet d’une famille d’un océan à l’autre.
Dans les collections du Musée du Nouveau-Brunswick se trouve une trousse de dentiste découvert à Nanaimo, en Colombie-Britannique. La trousse en question est arrivée à la boutique de l’hospice communautaire de Nanaimo. Elle contenait un exemplaire du faire-part publié par Dr et Mme John T. Hazelwood pour annoncer le mariage de leur fille Effie Lucretia Hazelwood à John Allen Clowes en octobre 1913, à Saint John West, au Nouveau-Brunswick. Le Musée du Nouveau-Brunswick en a été avisé par la suite par la gérante de la boutique, Mme Daphne Catteson.
L’image 1 montre cet artéfact historique : une trousse de dentiste en cuir avec ferrures, datant d’environ 1890, mesurant 36 x 44 x 21 cm. Cette trousse usée a traversé le pays, portant en elle aussi bien des instruments médicaux que des souvenirs de famille.
Comment cette trousse de dentiste du Nouveau-Brunswick s’est-elle retrouvée dans une boutique de la Colombie-Britannique?
La recherche effectuée par le Musée du Nouveau-Brunswick a révélé que John T. Hazelwood a été inscrit pour la première fois en tant que dentiste à l’annuaire 1891-1892 de Saint John, après avoir été pharmacien dans la ville de 1881 à 1890. D’après la Société Dentaire du Nouveau-Brunswick, le gouverneur en conseil avait, par décret, autorisé John T. Hazelwood à exercer en 1893, mais sa pratique était limitée à certaines procédures. Son travail de pharmacien pourrait l’avoir aidé à accéder à la profession de dentiste.
Bien que l’association de dentistes de l’Ontario remonte à 1867 et que le Collège royal des chirurgiens dentaires d’Ontario ait été fondé l’année suivante, c’est seulement en 1902 que l’Association dentaire canadienne a été fondée. M. Hazelwood a donc exercé sans diplôme et a appris par la pratique dans les limites où il pouvait le faire. D’ailleurs, son inscription dans l’annuaire de Saint John ne le désignait pas comme docteur. C’est un rappel important de l’état d’une profession en développement.
Une étiquette au sujet de la serrure, qu’on peut voir dans l’image 2, était attachée à la poignée du sac, offrant un petit aperçu des mesures de sécurité que les professionnels de la santé de l’époque utilisaient pour protéger leur équipement. Elle se lit : Cette clé permet de fermer et d’ouvrir la valise noire, mais il faut de la patience, surtout pour l’ouvrir!
En outre, il a été découvert qu’Effie Hazelwood et John Clowes avaient par la suite déménagé en Colombie-Britannique; le sac doit avoir voyagé avec eux. John Hazelwood est inscrit comme dentiste en 1915, mais pas en 1919; il est décédé en 1926. L’arrivée du sac en Colombie-Britannique est probablement postérieure à sa mort et peut-être même à celle de sa femme, Annie Garrison Rouse (décédée en 1943).
John Clowes est décédé à Comox (C.-B.), en 1945, et Effie Hazelwood, à New Westminster en 1969. Il est probable que le sac soit échu à Effie, puis à l’un de ses enfants ou à un parent pour finalement aboutir à la boutique de l’hospice.
L’image 3 montre une note dactylographiée qui a été retrouvée dans le sac; elle provenait probablement du dernier descendant. Ce fragile bout de papier représente l’un des derniers maillons de la chaîne de possession qui a ramené cet artéfact au Nouveau-Brunswick. Elle se lit : Dr John T. Hazelwood descendait d’une des familles loyalistes qui sont venues d’Angleterre au Canada au début des années 1800 et qui se sont établies le long du fleuve Saint John, au Nouveau-Brunswick, sur des terres concédées par le gouvernement. Certains sont devenus agriculteurs, d’autres bûcherons, et d’autres encore ont exercé des professions, comme notre arrière-grand-père Hazelwood. Il était dentiste et avait l’hypnose comme passe-temps, qu’il pratiquait comme divertissement de salon.
L’image 4 montre un exemplaire du faire-part de mariage découvert dans la trousse – l’indice crucial liant l’artéfact à Saint John et à l’histoire de la famille Hazelwood.
En sus de la trousse elle-même, les recherches effectuées par le Musée ont mis à jour des photographies qui nous aident à comprendre la vie et la personnalité du Dr Hazelwood. L’image 5 montre le Dr John T. Hazelwood en chapeau haut de forme avec son chien, une photographie prise vers 1900 qui offre un aperçu de la vie personnelle de ce dentiste pionnier du Nouveau-Brunswick.
L’image 6 est peut-être la plus intrigante, car elle montre le Dr John T. Hazelwood qui hypnotise un volontaire dans un salon, vers 1900.