Le cri de la mésange

08. Le cri de la mésange

La Rainette versicolore au Nouveau-Brunswick

Condition actuelle

La Rainette versicolore

Le Nouveau-Brunswick constitue la limite septentrionale de la portée de la Rainette versicolore, Hyla versicolor. Il n'est donc pas surprenant que l'espèce soit assez rare ici. Plusieurs naturalistes du dernier siècle ont constaté la présence de la Rainette versicolore à divers sites largement éparpillés en la province. Néanmoins, jusque récemment la présence de la Rainette versicolore n'était enregistrée avec certitude que dans un seul marais à Barker's Point, près de Frédéricton. Pour cette raison, et puisque le marais est menacé par le développement, l'espèce a été considérée comme méritant la protection de la Loi sur les espèces menacées d'extinction. Les études sur le site effectuées entre 1980 et 1990, toutefois, ont révélé la présence de la Rainette versicolore en au moins 13 autres sites marécageux au sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Quoique la condition de la Rainette versicolore ici semblerait être stable pour le moment la population est éparpillée au Nouveau-Brunswick et le sort de la Rainette à divers sites individuels est encore incertain.

Histoire naturelle

La Rainette versicolore est un batracien de la grosseur du pouce dont le corps est d'environ 4-5 cm en longueur. Le dos et les pattes sont de vert, gris et noir moucheté et l'intérieur des cuisses est d'un jaune-orange vif. L'espèce est certainement l'une des plus attrayantes parmi les amphibiens du Nouveau-Brunswick. La Rainette versicolore peut effectuer des changements radicaux de couleur en réaction à la température, donc son appelation de versicolor en latin. L'espèce peut grimper facilement sur la végétation à la recherche de sa proie d'araignées et d'insectes grâce à des disques adhésifs à l'extrémité de ses doigts et de ses orteils. Les mâles ont la gorge fortement pigmentée, le sac vocal dégonflé, tandis que les femelles ont la gorge pâle et sont de plus grande taille. Le cri du mâle est un trille caractéristique et palpitant.

Les sites de reproduction au Nouveau-Brunswick ... sont plus généralement les mares peu profondes accumulées en des carrières abandonnées ou le long des chemins.

Hyla versicolor est un membre d'une paire d'espèces étroitement liées ayant une portée étendue en Amérique du Nord oriental et central. Les deux Rainettes versicolores qui composent la paire sont morphologiquement indistinctes mais peuvent être distinguées par le débit du trille des mâles ou, au niveau cellulaire, en comptant les chromosomes. Une de ces espèces trille à un débit plus rapide que l'autre à n'importe quelle température; une des espèces de Rainette versicolore a deux chromosomes, et l'autre quatre. Les deux débits de trilles et de configurations de chromosomes ont été examinés au Nouveau-Brunswick et seulement le Hyla versicolor, la Rainette versicolore au trille lent et possédant quatre séries de chromosomes, est présente ici.

Durant la saison de reproduction, qui au Nouveau-Brunswick s'étend de vers la fin mai jusqu'à la fin juin, on retrouve la Rainette versicolore dans la basse végétation qui entoure les étangs reproductifs. La fourche d'une saule ou d'un cerisier sauvage près de l'étang constitue un abri idéal durant la journée. D'ici une Rainette versicolore mouchetée passe facilement pour une touffe de lichen.
Les sites de reproduction au Nouveau-Brunswick comprennent les bassins de castor mais sont plus généralement les mares peu profondes accumulées en des carrières abandonnées ou le long des chemins, lorsque les travaux de construction entravent le drainage. En été la température de ces eaux lentes et peu profondes est très élevée et les conditions sont idéales pour encourager le développement rapide des oeufs et des larves. Durant le reste de l'été ces amphibiens demeurent parmi la végétation des arbres et arbustres à proximité des étangs reproductifs mais ils sont si bien camouflés que l'on ne les aperçoit que lorsque les mâles trillent.

Les mâles trillant sont prêts à défendre leur territoire et se livreront volontiers au combat avec d'autres mâles...

En général un mâle passera seulement deux ou trois jours chaque année à triller près d'un étang reproductif. C'est au cours de cette intervalle transitoire qu'ils doivent attirer une femelle et s'accoupler avec elle.

Les mâles trillant sont prêts à défendre leur territoire et se livreront volontiers au combat avec d'autres mâles qui se présentent. Plusieurs de ces batailles n'entraînent que quelques brèves boutades, mais assez souvent les mâles des Rainettes versicolores s'attaqueront vigoureusement, se poussant des pattes de devant, se butant de la tête, lançant des coups raides de leurs pattes postérieures et sautant l'un sur l'autre. Pourtant, les intrus sur un territoire sont rarement victorieux. Ces mâles subordonnés ne s'éloignent que peu souvent du champ de la bataille; ils préfèrent rester silencieusement près du perchoir du mâle dominant. Un tel stratagème n'est pas sans récompense. Il arrive qu'un mâle muet tente d'intercepter une femelle sur son parcours vers le mâle trillant, mais elle repoussera habituellement ses élans. Néanmoins, si le mâle dominant a la bonne fortune de s'attirer une femelle il quittera son perchoir pour entrer dans l'eau afin d'accoupler et de féconder les oeufs. Ce processus peut prendre toute la soirée. Il n'y a trop peu de sites pour percher ou triller, mais le mâle qui detient un de ces sites a de meilleure chance d'attirer une femelle. Le mâle subordonné occupera donc immédiatement le perchoir abandonné et lancera son trille, tenant resolument d'attirer une femelle durant le peu d'heures qu'il lui reste de la soirée.

... quelques populations de Rainettes versicolores peuvent subsister à des températures aussi sévères que -9sC...

Les Rainettes versicolores atteignent leur maturité sexuelle à l'âge d'environ deux ans. Les femelles pondent plusieurs masses d'oeufs contenant chacune de 15 à 25 et fixées sur des tiges d'herbe ou sur des feuilles près de la surface de l'eau. Les têtards émergent en quelques jours ou jusqu'à une semaine et sont facilement distingués par la carnation écarlate ou jaune-orange sur leurs queues. Les têtards qui réussissent à évader les prédateurs peuvent atteindre une longueur de 50 mm, les minuscules grenouillettes, couleur d'émeraude, émergeant à la suite de quelques mois.

Les Rainettes versicolores hibernent sur terre, s'enfouissant sous le sol ou l'humus moites. Même si les sites d'hibernation sont susceptibles de geler, des recherches ont démontré que quelques populations de Rainettes versicolores peuvent subsister à des températures aussi sévères que -9sC et au congélation d'au dessus de 50 pourcent de l'eau de leurs corps. Cette tolérance à la congélation est due à la présence de fortes concentrations de glycérol, substance qui a une action cryo-protectrice sur les tissus et l'urine. Quoique les organes internes ne gèlent pas, le sang et les fluides extra-cellulaires gèlent et la respiration et les battements du coeur cessent. Ce sont des adaptations remarquables qui encouragent la subsistance en un climat septentrional.

Comment aider?

Au Nouveau-Brunswick, il n'y a qu'environ 14 sites marécageux qui sont reconnus comme sites de reproduction de la Rainette versicolore. Plusieurs de ces sites ne sont que des fossés en bordure de chemin. Il existe vraisemblablement d'autres sites à découvrir en la province. Pour repérer plus aisément la Rainette versicolore tentez de reconnaître son trille qui, une fois identifié, est facile à distinguer. Il y a plusieurs enregistrements disponibles commercialement des cris des amphibiens de l'Amérique du Nord dont le naturaliste peut consulter afin de se familiariser avec les trilles de grenouilles. Si vous croyez avoir découvert une des mares de reproduction de la Rainette versicolore, veuillez communiquer avec le Musée du Nouveau-Brunswick où les experts pourront vous assister, et où toute l'information sur l'occurrence de la faune provinciale est entretenue. Une grande diversité faunique dépend des terres marécageuses pour survivre, y compris la Rainette versicolore. Cet habitat est de plus en plus menacé et mérite d'être traité avec respect en tout temps.

Bibliographie

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