Le cri de la mésange

05. Le cri de la mésange

Le Loup-cervier au Nouveau-Brunswick

Condition actuelle

Le Loup-cervier Le Loup-cervier, Lynx canadensis, est éparpillé à travers les régions boisées du Nord du Canada et de l'Alaska, quoiqu'il est rare ou absent dans les régions agricoles de la marge sud de sa portée. Au Canada cette espèce a été extirpée de l'Ile-du-Prince-Edouard et plusieurs auteurs ont affirmé, faussement, que le Loup-cervier avait disparu du Nouveau-Brunswick. Il est vrai que le Loup-cervier est actuellement très rare au Nouveau-Brunswick, mais l'espèce persiste encore. Le Loup-cervier est protégé dans cette province depuis 1976, date de la création de la Loi provinciale sur les espèces menacées d'extinction. L'animal était sans doute plus commun au dernier siècle qu'il ne l'est maintenant, mais les écrits de naturalistes mi-siècle affirment que le Loup-cervier était moins commun que le Lynx Roux. En 1898 il y avait une prime offerte sur tous les <<chats sauvages>> au Nouveau-Brunswick, pratique qui a persisté jusqu'en 1962. Néanmoins, la dernière fois que des fourrures ont été exportées légalement du Nouveau-Brunswick a été en 1929 lorsque 29 chats ont été saisis à la trappe. Il semblerait que le Loup-cervier a souffert un déclin sévère alors au Nouveau-Brunswick. Pas plus de 55 pelleteries par année, et souvent moins, n'ont été exportées suite à 1919, année ou l'on a saisi 580 Loup-cerviers. Aujourd'hui les Loup-cerviers sont si rares au Nouveau-Brunswick, et si discrets, qu'il est impossible de juger combien d'individus rôdent encore dans nos forêts. Les quelques animaux aperçus au Nouveau-Brunswick dernièrement sont habituellement pris accidentellement dans des trappes dans des régions séparées de la province.

Histoire naturelle

Nous confondons souvent le Loup-cervier avec le Lynx Roux, un mammifère plus commun aux forêts du Nouveau-Brunswick. Les deux animaux se ressemblent mais en générale le Loup-cervier est plus grand avec des jambes plus longues, ses oreilles sont plus pointues et portent à la pointe une petite touffe de cheveux, et son pelage chamois-gris n'est pas aussi clairement marqué de taches. La queue courte du Loup-cervier est complètement noire au bout, tandis que la queue légèrement plus longue du Lynx Roux n'a qu'une tache de noir sur la surface supérieure de la queue, précédée d'habitude d'une série de bandes noires. Le Loup-cervier mâle, moyennant 875 mm en longueur et pesant environ 8 kg, est à peu près cinq pour-cent plus grand que la femelle. Quoiqu'il arrive parfois que des naturalistes agités confondent le Loup-cervier ou le Lynx Roux pour le Couguar, il est réellement très facile d'identifier le Couguar par sa longue queue, sa couleur fauve, et ses oreilles relativement courtes.

Il n'existe pas encore d'enquêtes spécifiques sur le Loup-cervier au Nouveau-Brunswick...

Le Loup-cervier est considéré un animal réticent des lieux sauvages mais il occupe souvent des habitats recouverts de forêts denses et de marais qui sont très près des agglomérations humaines. Un animal a été accidentellement saisi dans une trappe près de Hopewell Cape dans le comté Albert au sud-est du Nouveau-Brunswick en 1987. Les peu d'autres aperçus documentés du Nouveau-Brunswick étaient surtout situés dans les régions écartées au nord de la province. Les Loup-cerviers sont affectés négativement lorsque les Lynx Roux et les Coyotes deviennent communs. Nous ne savons pas si c'est le résultat de la compétition qui se manifeste entre ces espèces, ou si la présence des Lynx Roux et des Coyotes indique que des changements à l'habitat sont survenus qui ne favorisent pas le Loup-cervier. Le Lynx Roux, tout autant que le Coyote, préfère les régions semi-boisées et agricoles et le Coyote est devenu un mammifère commun du Nouveau-Brunswick au cours des 20 dernières années.

Il n'existe pas encore d'enquêtes spécifiques sur le Loup-cervier au Nouveau-Brunswick, donc les informations pertinentes à la biologie de cet animal doivent être recueillies d'études pratiquées ailleurs. Le Loup-cervier se nourrit surtout de lièvres Snowshoe. Les documents démontrent explicitement que les populations du Loup-cervier s'accroissent et diminuent sur un cycle de dix ans en rapport direct avec la disponibilité des espèces qui constituent leurs proies. La densité de la population mesurée dans diverses enquêtes variait de 2,3 à 20/100 km2, reflétant le caractère cyclique des populations du Loup-cervier. La famine entraînée par un déclin sévère des populations du lièvre Snowshoe constitue le facteur mortel principal durant certaines périodes. La trappe, pratiquée lors de ces périodes de populations diminuées, peut même occasionner l'extermination de toute une population régionale. D'autres mammifères, allant jusqu'à la taille d'un renard ou d'un porc-épic, sont consommés aussi, ainsi que de la volaille au sol, des grenouilles, et des invertébrés. Le Loup-cervier mange aussi parfois la charogne des chevreuils atteints de balles ou de famine hivernale.

...l'habitat préféré du Loup-cervier comprend une mosaïque dominée par des terrains boisés de conifères mûrs et des forêts mixtes mûres...

Le Loup-cervier est un animal solitaire, beaucoup plus actif la nuit que le jour. Il prend son gibier tous les soirs, sinon tous les deux soirs, et mange entre 150 et 200 lièvres par an. Un chat affamé peut facilement avaler un lièvre tout rond, mais habituellement les portions de restes sont réservées pour un autre repas. Le Loup-cervier est un escaladeur accompli et nage passablement bien, mais il ne peut atteindre de grandes vitesses à la course que sur de courtes distances. Tel que la plupart des chats, le Loup-cervier prend sa proie en chassant à l'affût, ou par embuscade, plutôt que par la poursuite.

Au Cap Breton l'habitat préféré du Loup-cervier comprend une mosaïque dominée par des terrains boisés de conifères mûrs et des forêts mixtes mûres, avec des aires de forêt régénérant depuis 20 ans. Ces dernières constituent l'habitat idéal du lièvre Snowshoe. Les Loup-cerviers s'abritent sous des branches basses, sous du détritus, ou sous un escarpement rocheux, et au repos ils lissent et lèchent leurs pelages avec le geste caractéristique du chat. Quoiqu'il demeure actif durant l'hiver le Loup-cervier ira s'abriter dans la neige sous une branche de sapin ou une bûche durant l'assaut du climat. Nous ne savons que très peu de la structure sociale et de l'instinct territorial du Loup-cervier. Nous savons que souvent les portées familières se recouvrent partiellement, mais les Loup-cerviers qui occupent ces territoires ne se rencontrent que rarement. Les abris disponibles, la saison, et les nombres de Loup-cerviers et de lièvres Snowshoe présents dans la région sont tous des facteurs qui influencent la taille de la portée de l'animal. Un Loup-cervier habite généralement une portée familière de 15 à 25 km2. D'après les résultats enregistrés des Loup-cerviers portant des collets radio-diffuseurs, l'animal peut voyager environ 8 km par jour, et des distances jusqu'à 19 km ont été enregistrées.

Une chattée comprend habituellement deux ou trois chatons mais peut aller jusqu'à cinq chatons, nés au mois d'avril ou de mai...

Les mois de février et de mars marquent le début de la saison d'accouplement pour le Loup-cervier. La femelle prépare la naissance des petits en construisant un nid, peut-être sous du détritus ou sous un escarpement naturel de la roche, ou dans une dépression naturelle au sol de la forêt. Une chattée comprend habituellement deux ou trois chatons, mais peut aller jusqu'à cinq chatons nés au mois de avril ou mai suivant une période de gestation de 60 à 63 jours. Ils ne mesurent pas plus que 185 mm à la naissance et pèsent jusqu'a 211 g. Leurs yeux ouvrent à la 10e ou 12e journée. Les chatons sont beaucoup plus bruns que leurs aînés et présentent des taches sur le haut du corps. A l'âge de deux mois ils commencent à rôder avec leur mère. La plupart des Loup-cerviers peuvent reproduire ayant atteint leur deuxième saison d'accouplement mais plusieurs animaux peuvent concevoir dès l'âge de neuf mois. Le mâle ne partage pas l'élevage des petits mais les chatons resteront avec la mère au moins jusqu'à l'automne. Il arrive souvent que la femelle et ses petits voyageront ens emble jusqu'au début de la prochaine saison reproductive.

Comment aider?

La création de forêts successives par la récolte des arbres ou par des feux améliore l'habitat du lièvre Snowshoe et donc celui du Loup-cervier également. Mais des étendues de forêts de conifères mûrs lui sont aussi indispensables. Bien peu d'entre nous n'apercevrons ce mammifère rare, et surtout nocturne, au Nouveau-Brunswick. Néanmoins, il est très important que les habitants appuient des programmes d'aménagement forestiers qui soulignent le caractère varié des terrains boisés du Nouveau-Brunswick et qui tiennent compte de la faune et des aires sauvages. Il est vraisemblable que l'existence future du Loup-cervier au Nouveau-Brunswick en dépend. Ceux qui pratiquent la récolte des fourrures au Nouveau-Brunswick, doivent s'assurer qu'ils ne prennent pas les Loup-cerviers par inadvertance. C'est tout particulièrement le cas lorsque des signes de la présence d'un Loup-cervier sont observés. Renseignez-vous auprès de l'association provinciale des trappeurs le plus près, ou auprès des biologistes du Service de la faune et des pêches du Nouveau-Brunswick. Si vous avez la chance inouïe de photographier ou de reconnaître la présence d'un Loup-cervier dans une certaine région, veuillez communiquer avec le Service des sciences naturelles au Musée du Nouveau-Brunswick. Des informations sur les espèces rares ou menacées d'extinction y sont conservées, et vous pourriez contribuer vos données afin d'approfondir ce qui est connu de l'histoire naturelle de cet animal menacé du Nouveau-Brunswick.

Bibliographie

Banfield, A.W.F. 1974. The mammals of Canada. Musée national des sciences naturelles, University of Toronto Press, Toronto. 438 p.

Parker, G.R., J.W. Maxwell, L.D. Morton, et G.E.J. Smith. 1983. The ecology of Lynx, Lynx Canadensis, on Cape Breton Island, Canadian Journal of Zoology, vol. 61: 770-786.

Peterson, R.L., 1966. The mammals of Eastern Canada. Toronto, Oxford University Press. 465 p.

Stardom, R., 1988. Status report on the Lynx, Lynx canadensis. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada, Ottawa. 33 p.