Travail, innovation et échanges

1870-1950

Descendez une rivière en passant par un camp de bûcherons, une aire de flottage du bois, des terres agricoles, un quai pour les bateaux à aubes, une jetée de pêcheurs, une scierie et une fabrique de meubles avant d'accoster au quai d'une ville. Vous voilà au lieu d'échange par excellence, là où le bois d'œuvre, les poissons et les produits agricoles convergent de l'arrière-pays et des côtes du Nouveau-Brunswick vers le port de la ville. Destinés à des fermes, des camps de bûcherons et des villages de pêcheurs, des charrues, des haches et des balais mécaniques produits par les fabriques attendent d’être expédiés par bateau à vapeur à l'intérieur des terres et le long des côtes. À l'arrière-plan, présage de changement, figure le chemin de fer qui, à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, rivalise de plus en plus avec les bateaux à aubes et à vapeur pour le transport des marchandises. Il permet également l'établissement de scieries mobiles à proximité des sources d'approvisionnement, ainsi que le transport par rail directement de la forêt, au détriment de la drave traditionnelle. De l’autre côté du bassin portuaire, des conserveries de poisson de la côte est du Nouveau-Brunswick utilisent déjà le chemin de fer pour expédier leurs produits.

Laissant le bassin derrière eux, les visiteurs entreront dans la ville en passant devant la gare de voyageurs, qui leur rappellera que, dans ce domaine aussi, le train allait succéder aux bateaux à vapeur. Le paysage de rues qui s'offre à la vue est divisé en industries fournissant des services sur mesure d’un côté et commerces de détail de l’autre. Le salon de barbier, avec son étagère de tasses et de bols à raser portant le monogramme de leur propriétaire, symbolise bien l'esprit de quartier qui caractérisait le début du XXe siècle, tout comme le bar Sullivan's à proximité. À l'arrière des petits commerces qui proposent des articles de quincaillerie et des étoffes se trouvent les ateliers qui les produisent ou se chargent de leur finition. Plus loin encore sont installées les grosses industries du secteur, les fonderies et les filatures de coton qui fournissent les produits de base. Le mur de la galerie affiche des photos d’ouvriers et d’installations industrielles, en alternance avec des banderoles des premiers mouvements ouvriers du Nouveau-Brunswick. Si les relations entre les ouvriers et les patrons faisaient souvent l'objet de conflits, ceux-ci donnèrent lieu à des progrès aux chapitres de la sécurité, de la lutte contre l'exploitation et de la réduction du temps de travail.

Certains des produits qui sortaient des ateliers du Nouveau-Brunswick étaient destinés non à la consommation, mais à des fins scientifiques. C'était le cas des pièces de W.R. Turnbull, qui ont l’air d’être des outils ordinaires utilisés pour travailler le bois ou les métaux, comme des tours et des machines à percer, mais qui servaient en fait à fabriquer des objets fantastiques, comme des dispositifs reproduisant les battements d'ailes d'oiseau, une corneille mécanique et un wagon à voile. Ce dernier fut conçu pour rouler sur une voie ferrée de 91 mètres de long (300 pieds) chez W.R. Turnbull, à Rothesay, près de Saint John. Qu'allaient dire les voisins? En fait, les commentaires allèrent bon train lorsque Turnbull construisit la première soufflerie du Canada (1902) et créa la première hélice à pas variable fiable (1925), destinée aux avions commerciaux et militaires. Disposer de cette invention revenait à avoir un changement de vitesse pour hélice, puisque l'angle d'attaque des pales pouvait être modifié par un moteur électrique pour permettre à l’hélice de prendre plus ou moins d’air.

Qu'ils aient été capitaines de l'industrie, vendeurs au détail, bûcherons, ouvriers d'usine ou inventeurs, cette galerie salue les efforts et la détermination de tous ceux et celles qui firent du Nouveau-Brunswick la province paisible et agréable que nous connaissons.